Beliveau or not

Hier soir, j’étais convié au Diner Présidentiel annuel de la section Québec de l’Association du Barreau Canadien. Cette institution regroupe avocats et experts juridiques tout autant que les juges qui les supportent. Malgré cette spécialité très marquée, elle s’octroie à cette occasion un conférencier « hors sujet », le plus souvent de très haut vol. Et, justement, parole était donnée au professeur Richard Béliveau, rendu célèbre pour ses livres sur la nourriture « anti-cancer » et les citations appuyées dont David Servan-Schreiber a parsemé son best seller éponyme.

Pourquoi je cause de ça ? Pour frimer avec mes diners en ville ?

Il est certes plaisant de ressortir les habits du dimanche pour autre chose que les enterrements ou les entrevues d’embauche mais non. Si je cause dans le web de cette soirée, c’est qu’elle m’a donné à voir un oncologue sachant causer. Il est si facile de s’enfermer dans une spécialité, de filer la crêve à des souris pour ensuite les regarder se battre avec. Même le camarade Antoine Vekris qui fouille dansl e trou du cul de l’ADN depuis 25 ans le sait : il est important de retransmettre ce qu’on trouve au fond. Après tout, c’est le principe de la tragédie grècque que de savoir raconter les batailles lointaines. L’ennemi était là, le salaud. On ne savait pas ou mais on entendait bien qu’il nous préparait une des vacheries dont il a le secret. Nous, on est parti comme ça avec notre merdier bien affuté. Lui, il a fait « oh ? » et paf, on lui à mis sur la tronche et ça a bien marché jusqu’à ce qu’il passe du bronze au fer… enfin, je la fais courte parce que nos théâtres vous serviront la suite sans sourciller.

Bref, Richard Béliveau est un excellent vulgarisateur. Il fait tourner un Powerpoint très moche sur son MacIntosh ; non seulement il ne plante jamais mais ce tas de diapos à fond bleu prend, quand il est « joué » par l’oncologue montréalais, des allures de grand péplum ou la sale bouffe pourrit tout jusqu’à ce que le curcuma et le thé vert ne débarquent pour terroriser les tumeurs. De fait, le cancer était défait avant le dessert. Entre temps, les obèses avaient bouffé la sécurité sociale et les acacias avaient repoussé les girafes en puant. C’est que Richard aime voir dans la nature le combat sans cesse recommencé de la destruction contre la création. Dans ce monde yin-yang, les mollecules savent se battre et on peut leur confier sans sourciller les clés du restaurant. Les singes le font bien, eux.

Je reste malgré tout un peu perplexe face à cette brillante démonstration axée sur notre assiette car elle prend parfois une tangente étrange : celle de transformer le malade en victime de sa propre connerie-ignorance-gourmandise. Il existe une part de « mauvais hasard » qui fait que la surconsommation de sale bouffe ne conduit pas invaiablement au crabe de même que la carotte bouillie et parfumée au romarin ne fabrique pas des centenaires. Loin de moi l’idée de remettre en cause les principes actifs des plantouilles ou les vertus laxato-olfactives de la soupe au chou (relisez René FALLET) mais il est quelque peu excessif à mes yeux de trop compter sur le potager pour éviter ce que Desproges appelait « la bouboule sur la papatte à mémé ». Peut-être que le procédé PRIORE est une vaste fumisterie mais les raisons de la mutation céllulaire dans le corps humain me semblent dépasser largement les limites d’une liste d’épicerie.

Béliveau nous rendra plus minces, moins carnivores, plus portés sur les potées et la cuisine du Sud. Nous rendra-t-il moins prompts au cancer ?

1 Response to “Beliveau or not”


  1. 1 Céline mai 8, 2008 à 11:42

    ‘La bouboule sur la papatte à mémé’… À ressortir dans ton prochain dîner en ville Fred. Succès garanti.
    Chouette note en passant.
    Sur ce, je vais aller m’injecter mon curcuma.


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