Le temps des olives de ma tante.

Retranché derrière le pseudonyme équivoque de Marcel PIGNOLE j’ai écrit ce qui suit il y a une décennie.

Le soleil venait à peine de darder ses premiers rayons sur les coteaux de notre si chère cité phocéenne que je sautais au pied du lit superposé que je partageais avec mon petit frère. Une belle journée allait commencer. Nous habitions en famille dans les quartiers Nord de Marseille. Hélas, ni mon frère ni moi n’étions doués pour le rap ce qui nous condamnait d’emblée à une vie trépidante de bandits.

A la grande honte de mes parents, j’allais au LEP Bernard TAPIE avec le ferme espoir de décrocher le diplôme d’ingénieur qui était offert à ceux d’entre nous qui réussissaient à ne pas devenir dealer entre 14 et 16 ans. J’aimais bien le LEP. Rossi, un copain corse que j’avais connu en quatrième m’avait vendu son UZI à un prix honnête juste avant qu’il ne retourne s’installer comme éleveur au pays. Mes notes étaient rarement en dessous de 20 et l’inspecteur d’académie tenait trop à sa Mégane pour oser me refuser quoi que ce soit. Que mon frère se soit un peu servi du nom de la famille pour arranger son commerce de résine de cannabis ne me dérangeait pas. Il avait toujours été très fier de mon goût pour les études.
Au fond, je m’en rends compte maintenant, ce n’est pas tant le diplôme que le LEP lui même qui m’intéressait. Je m’étais promis que, une fois nommé chef d’établissement, je sous-louerai les locaux aux deux chirurgiens que mon frère approvisionnait en chiens morts pour qu’ils puissent agrandir leur clinique privée. La chirurgie me fascinait mais plus encore le trafic d’armes.

A cette époque, mon père était en formation alternée d’éducateur de rue détaché auprès des agents d’ambiance de la ZUP de la Farigoulette. Une subvention régionale du SGEG, de la DRUG en partenariat avec le SMOG avait permis de structurer un atelier de développement intellectuel par le sport au sein d’un pôle de resociabilisation dans l’antenne d’assistanat locale. Papa faisait de son mieux pour transformer les gangs de rue du quartier en équipes de foot et vice versa. Mais toute sa bonne volonté suffisait à peine à lui sauver la vie. A cause de son problème de boisson, il lui aurait été impossible de s’exprimer dans un langage articulé passé 10 heures du matin même si il en avait maîtrisé un. Farouchement anti-maghrébin, il refusait de déchiffrer les ratures qui tiennent lieu de langue écrite aux arabes. Farouchement français, il s’attachait à l’exception culturelle en limitant ses lectures aux seuls titres du journal de TF1. Ses grognements d’ivrogne étaient donc émaillés de “le président va mieux” et de “bientôt la reprise” qui lui avaient permis de se forger une aura de fin économiste parmi ses camarades de cellule de protestation.
Correctement indemnisés, nous avions une vie simple mais nous ne manquions de rien.

Ma mère était issue d’une famille de douaniers qui avaient passablement prospéré grâce aux cartons qui tombaient dans le port. Elevée dans le commerce florissant du magnétoscope “emballé neuf”, elle avait réussi à se faire offrir des cours Educatel d’assistante médicale pour ses vingt ans et avait facilement trouvé une place dans une clinique privée grâce à une technique très éprouvée de la féllation sous le bureau. Le docteur Casanis aurait d’ailleurs bien pu être mon père si il ne s’était malencontreusement baigné avec des palmes en béton par une nuit sans lune. Après avoir beaucoup pleuré et maudit la madone, maman avait changé de patron mais pas de clinique car c’était trop dangereux.
Elle rencontra papa par un beau jour de Juillet. Le soleil dardait ses rayons et ça puait comme dans une armoire bien tenue à cause de cette cagnasserie de lavande qu’elle pousse partout. Le père avait été admis pour une hospitalisation coûteuse suite à une maladresse : il avait eu le tord de se vanter d’avoir une bonne mutuelle. Coquin de sort. Ange Rossini, un chirurgien plus habile avec sa langue que avec ses doigts, s’apprêtait à lui retirer divers organes vitaux lorsque ma mère lui fit remarquer  que le patient devait être mort pour que l’on ait le droit de faire ce genre de choses. Très énervé, le grand professeur vendit sa clinique un bon prix et partit s’installer au Brésil.
Papa épousa maman.

Je naissais peu après d’un défaut de fabrication chez MANIX. (lire : le temps des capotes de mon père)

Le samedi, je descendais à Marseille. Ma tante habitait le cinquième étage d’un immeuble miteux sur le vieux port.  Je garais mon scooter volé dans sa salle de bains et j’accrochais l’antivol au robinet du bidet. Tantine buvait moins que papa mais son odeur d’huile d’olive virait au ricard dès qu’elle rotait. On aurait dit qu’elle était imbibée à l’anis de l’intérieur.
– Oh, peuchère, voilà mon couillon de neveu qui s’en vient voir sa vieille tantan.
– Vé ma grosse rascasse. Dis, oh, tu as vu l’oncle ?
– Non, j’ai vu monter personne. Tu y veux quoi à ce couillon, té ?
– Rien, c’est pour dire. Oh fatche.
– Tu veux des olives au pastis ?
– Vé, je veux bien. Moi, je les aime bien tes olives au pastis. Tout le monde il a beau dire que ça fait dégueuler pire que la bouillabaisse qu’elle a viré, moi ça me file juste la chiasse.
– Tu es un brave pitchoune.
Ceci étant fait, je sortais mon flingue et je lui piquais sa pension. J’allais au bistrot, aux putes et en boite. C’était la vie.

Lors de ces virées en ville, je m’étais fait copain avec Farid, le DJ du Hollywood Star. Ce gars rappait le coran comme personne. Le seul problème avec ces boites d’intégristes, c’était le bar. Farid avait contourné la loi islamique en remplaçant le gin par de l’eau écarlate. Le tchador prenait alors une vraie signification : protéger les filles contre les vomissements intempestifs de leurs cavaliers. Le conduit de ventilation du marchant de kébab voisin qui débouchait directement au dessus de la cabine du DJ n’arrangeait rien. On ressortait livide, gluants et puant le mouton grillé à des kilomètres. Je me souviens avoir failli être bouffé par le pitbull d’un des gardes du corps de mon petit frère parce que j’avais oublié de changer de Tee-shirt avant de reintegrer le HLM familial.

L’oncle Marius était un personnage. Une de ces andouilles que seul le climat marseillais parvient à mener à parfaite maturité. Marseille est à la connerie ce que les caves de Société sont au roquefort. Ce fils de gendarme se fit appeler mon capitaine tout au long de sa courte existence. Il était persuadé d’avoir hérité du grade de son père par le fait du droit d’aînesse et d’être en mesure d’en user dans toutes ses acceptions. Avant de périr dans un incendie d’entraînement qu’il avait lui-même allumé, il avait eu le temps d’envoyer par le fond trois bateaux de commerce, un yacht, une grande échelle et plusieurs petits avions. Sauvé à chaque fois par des réglementations ou des radeaux de survie, il était revenu chez la femme du capitaine, une bretonne qui s’était trompé de train en quittant Quimper pour faire pute à Parus et qui avait mangé la fortune de sa famille à réparer les infortunes de son époux. Complètement imperméable au pastis, il n’avait que peu d’amis. La plupart étaient aux Minguettes et savaient pourquoi.

Et puis il y eu le grand malheur. Le soleil de Juillet n’en pouvait plus de griller le romarin et la nature puait comme un berlingot minidou explosé par le chaton joueur juste avant qu’il ne descende avec son forfait dans le vide-ordures. Nous passions nos journées sur le parking de la cité à jouer aux boules avec des voitures volées. C’étaient les grandes vacances.
Mais l’huile d’olive vint à manquer. Oh, pas de beaucoup . Les tomates accrochaient un peu dans la poêle. Juste de quoi escagasser tout le monde.
Pourtant, l’olive avait bien donné. Minutieusement écrabouillée, elle avait doucement pissé son bon gras doré dans tous les récipients vides de la PACA. Ces fadas de Nice la gaspillaient dans leur salade pour parisiens. Marseille s’en gominait les poils du trou du cul à force d’en mettre partout, même sur les olives.
Mais voilà, la grande pénurie était inévitable. A raison de deux litres par jour et par habitant, Marseille allait tomber à sec avant la fête nationale. Un cadre parisien de chez Auchan proposa un soir dans le journal régional de France3 de la remplacer par de l’huile de noix. Le Petit Provencal ne dit pas un mot de la prestation télévisée de ce monsieur, se contentant fort laconiquement de rapporter sa noyade nocturne, probablement due à une indigestion de gravier.
Rusé comme une bartavelle, mon frérot avait remis en route ses filières d’approvisionnement. De ses séjours linguistiques au Maroc, il avait gardé une profonde cicatrice à la joue droite et quelques relations de travail dont Ahmed, un patron pécheur incapable de faire la différence entre une anguille et une merguez mais naturellement doué pour la confection des doubles fonds. Le bateau d’Ahmed était affectueusement surnommé l’iceberg en référence à ces glaçons dont seul un septième du volume dépasse de la surface de l’eau. C’était le navire de croisière le plus connu du Zaïre. Tout bon zaîrois se devait de prendre un jour l’iceberg pour aller se faire opérer en France grâce à la carte de sécurité sociale d’un cousin ou d’un martiniquais. Certains y retournaient plusieurs fois par an au péril de leur vie. Non seulement la traversée était plus qu’aléatoire mais les chirurgiens exerçant à l’hôpital public, généralement diplômés par l’armée, faisaient des concours de “bricolages de nègres” que l’Ordre des Médecins auraient certainement désapprouvé. Leurs expériences avaient toutefois eu le mérite de prouver que le seul organe vital du zaïrois est sa montre en or.
Bref, Ahmed était dans le tourisme. Il accepta sans difficultés de nous approvisionner en huile d’olive à la condition express que sa clientèle zaïroise n’en sut rien. Il fut donc décidé de limiter l’approvisionnement à la seule contenance du carter principal du moteur de sa chaloupe.
La première livraison mit plus d’une semaine à nous parvenir. Le frêle esquif d’Ahmed avait été entraîné vers les rivages corses par un banc de sardines particulièrement vigoureux. Seul un petit colis piégé envoyé à la bonne adresse nous avait permis d’éviter que notre providentielle cargaison ne tombe aux mains de la branche maritime du FLNC au titre d’impôt révolutionnaire pour l’édification d’un parlement régional des pêcheurs de rascasses. Sérieusement secoué par l’aventure, Ahmed avait du opérer lui-même ses clients zaîrois dans une bergerie de montagne à l’aide de son seul couteau de poche en attendant que les politiciens locaux aient fini de traduire en français leurs justes revendications.
Je me souviens encore des clients de mon frère qui avaient attendu plus de trois jours dans les bistrots du port l’arrivée de “l’issebairgue” comme on dit quand on écrit des histoires marseillaises. Après vidange, ils avaient fait la queue pour tremper leur pan bagna dans la sainte huile.
Le procédé nous enrichissait à vue d’oeil mais faisait beaucoup de mécontents. A commencer par ceux qui retrouvaient des morceaux de calamine dans leur piperade.
On imagina alors d’importer des olives. Ce n’était pas tout à fait la saison mais, après avoir mariné trois jours avec des zaïrois, on parvenait tout de même à en tirer une huile potable. Au plus fort de l’activité, le terril de noyaux qui se formait au dessus de la fenêtre de la cuisine de l’appartement à loyer modéré de notre petite famille commença à nous poser problème. Madame Martinez, la gardienne, avait glissé dans la descente du local à poubelles et sa tête avait salement cabossé la benne du vide-ordures. Elle voulait porter plainte, par pure jalousie envers notre miracle économique. Hélas, elle dérapa dans l’escalier et l’autopsie conclut qu’elle avait du rebondir une trentaine de fois contre une batte de base-ball durant sa chute.

Pour oublier tout ça, je décidais de descendre à Aubagne. Mon père voulut m’accompagner mais je me débarrassai facilement de lui en l’attachant à un abribus. La vie était belle et le soleil dardait ses rayons alors que le vent beaucoup moins. J’arrivai vers minuit à Aubagne par un petit chemin escarpé qui n’est pas sur les cartes. L’oncle Séraphin était seul sur la grand’ place. Une bartavelle lui avait chié sur l’épaule et les lapins de garenne avaient certainement réussi une fois de plus à lui subtiliser son porte-monnaie. J’aimais bien mon oncle Séraphin car il ne parlait que le patois provencal ce qui m’évitait d’avoir à m’intéresser à ce qu’il disait. Sa cécité n’avait en rien gêné son existence et il n’avait laissé que des regrets dans l’administration des Douanes lorsque il avait décidé de prendre sa retraite six mois à peine après avoir été titularisé. Aubagne était alors un petit village sans intérêt ni MacDonald’s ou les cigales escagassaient tout le monde avec leur bruit à la con. Quelques couillons de parisiens achetaient des tas de cailloux que les bandits locaux de l’immobilier appellent des “mas de caractère” rien que pour venir écouter leurs grattements d’ailes. Té couillon, un jour, ils iront sur la Lune pour respirer l’apesanteur.

Tout comptes faits, je me demandais alors pourquoi j’avais cramé du mélange pour venir dans ce bled alors qu’il y avait une rave techno à Aix le même soir. J’étais sur le point de partir quand quelque chose attira mon oeil de lynx : Des olives qui pendaient sur un petit arbre. Croyant tout d’abord à une couillonnade locale, je me contentai de les palper. Elles étaient brillantes comme des sentons neufs sauf qu’ils font pas des sentons en forme d’olives vertes parce que c’était pas la saison à Bethlehem. Et puis elles étaient rondes et juteuses comme le cul d’une belle fille qu’elle aurait le cul juteux. Je me risquais à y goûter pour voir le goût qu’elles avaient. Coquin de sort, elles avaient goût aux rustines que mon frère m’avait un jour offert en guise de malabar. Je vomis longuement  par le nez. Chancelant, je me maudissais intérieurement d’avoir ruiné mon faux 501 italien. Et alors le miracle eu lieu. C’était de l’huile qui me sortait du nez.
En une seule soirée, j’avais appris tellement de choses : qu’il y a rien à foutre à Aubagne : que les olives poussent sur un arbre ; que l’huile d’olives ressemble au jus que l’on obtient en pressant des olives ; que c’est pas possible de faire confiance à la famille pour ce qui est de surveiller les mobylettes. En effet, l’oncle Séraphin, avait assisté au dépeçage de mon scooter sans se rendre même compte de ce qui se passait. Il est vrai que le bruit assourdissant de ces saloperies de cigales aveuglait les oreilles des aveugles au point que certains devaient mettre des boules Quiès pour écouter leur canne. En attendant, je devais rentrer à Marseille en faisant du stop. Mais personne ne s’arrête pour charger un gars hilare imbibé d’huile et portant un cadre de booster sur l’épaule.

J’arrivais épuisé aux premières lueurs du jour ; à cette heure ou le soleil darde ses premiers rayons sur la rosée qui rend les marquages au sol si glissants. Je croisais ma cousine Ernestine qui rentrait justement de la fameuse rave techno “Lou Extasiou” qui avait eu lieu à Aix. Aussi demeurée qu’une caissière de chez Leclerc, alors qu’elle travaillait chez Casino, elle avait succombé à la mode du percing bien que ses faibles revenus ne lui permettent pas d’investir dans l’inox. Elle avait beau utiliser du frameto comme fond de teint, rien n’y faisait. Ernestine rouillait et son minois ressemblait de plus en plus au pont d’un vieux remorqueur. Le courant d’air provoqué par une avarie de sa narine droite lui occasionnait des conjonctivites à répétition. A cause de ça, elle tournait des pornos amateur sans demander d’argent. Il faut dire qu’elle avait du tempérament. Une blague circulait d’ailleurs à son sujet : la différence entre Ernestine et une Mercedes. La réponse était que tout le monde n’a pas forcement essayé une Mercedes. Elle faisait partie d’un gang de pétasses peintes comme des autobus mexicains qui faisaient une concurrence farouche à la banque locale du sperme. Pour rire, elles m’avaient élu “prince de la sègue” mais je m’étais vengé en mettant le feu à leur collection de OK Magazine. Depuis, nous étions fâchés à mort. Je fis semblant de ne pas la voir.
Mon père était assis au bas de l’escalier et sanglotait en regardant fixement un prospectus Castorama. Je m’approchais.
– Vé, le père, tu as l’air tout escagassé
– Oh, sacédioux. Sob.
– Dis, les perceuses ont augmenté ?
– Té, couillon, je suis affecté.
– Je le vois bien
– Affecté à la réinsertion sociale des responsables locaux de la réinsertion sociale
– Santa madonna. Tu as pas fini de réinsérer.
– Vé pitchoune. C’est des gars ils peuvent même plus jouer aux boules sans demander une subvention. Il leur faut un stage de formation rémunéré à chaque fois qu’ils vont au bistrot. Ils ont tellement l’habitude de bien appuyer avé le stylobille pour remplir les formulaires qu’ils ont de l’invalidité.
– Et tu te mets dans ces états ?
– C’est ta tante. Elle s’est noyée dans son assiette de bouillabaisse et ça me fais quelque chose.
– Coquin de sort. Et l’oncle ?
– Comme les croûtons… introuvable.
Bizarre. L’oncle Marius avait quitté cette vallée de larmes depuis des années mais tout le monde faisait mine de le chercher dès qu’il se passait quelque chose. Certains disaient qu’il était assis au volant de la voiture d’un certain “monsieur Vito Quelquechose” en contrebas de la route de Menton à peine au dessous de la surface de l’eau. Mais depuis dix ans, les crabes et la taxifolia avaient du même y bouffer ses dents en or. Alors, la famille faisait mine de l’avoir expédié aux amériques pour le “buzinesse”. Et chaque fois qu’on mangeait des crustacés, on pensait à l’oncle d’Amérique. Parce que la mer, d’y mettre ses ennemis ça y améliore le goût alors que la famille, y’a que les nègres pour se manger à même l’arbre généalogique.
Je décidai de m’occuper de la succession avant que le notaire nous mette la cagade. Comme je savais le secret de l’huile d’olives, je pensais bien récupérer celles de la tantine. Mais comment ?

Lulu était un vieux copain qui vivait dans la garrigue en posant des aludes. Certains fadas disaient qu’il bricolait aussi dans la voiture volée. Bien sûr, il avait une étuve grande comme une cathédrale au rez-de-chaussée de sa maison de famille et te faisait un brillant direct lisse commr un miroir avec une main attachée dans le dos mais peut-on pour autant insulter un braconnier ? Lulu était un artiste. Sûrement pour des raisons d’inspiration, il peignait la nuit à la lueur des halogènes. Il avait beau se ruiner en citronnelle, il était bouffi par les piqûres de moustiques. Les BMW des patrons de night clubs de la côte étaient décorées de papillons de nuit au point que c’était devenu une mode. Moi, il me faisait bien rire. Il faisait des tâches bleues quand il éternuait et il rigolait tout le temps à cause des solvants. Il n’avait pas inventé le ruban à masquer mais il en mâchait toujours un petit bout. C’est en faisant l’armée qu’il avait eu la révélation de son don. Suite à un bizutage classique, il s’était réveillé avec la biroute marron. Pour faire raccord, il avait ruiné sa réserve de cirage KiWi pour s’en enduire totalement. Croyant avoir à faire à un martiniquais, les gradés de sa caserne l’avait muté à un poste réservé DOM-TOM : responsable des peintures et vernis. Rapidement, il avait admis que certaines choses changeaient de propriétaire en changeant de couleur. Il quitta l’armée le jour ou il trouva un client pour sa chaise de bureau. Depuis, rentré au pays dans sa maison de famille, il vivait simplement de son art. On allait chez lui par une allée bitumée lisse comme un court de tennis. Il avait l’habitude de nettoyer son pistolet dans le jardin si bien que toute trace de vie végétale avait disparue au profit d’un paysage lunaire composé de massifs de cailloux aux reflets irisés. Avec la chaleur de l’été, le facteur s’évanouissait rien que le temps de lui mettre le courrier à la boite. A dire vrai, on a jamais bien su ce qu’il mettait dans son pastis maison mais la trace qu’il laissait dans les verres en disait déjà long sur le pouvoir couvrant de son ersatz d’anis. Sinon, c’était comme le salon de l’Auto. Sauf que tu payais moins cher et en liquide.  Tu choisissais la couleur et lui te disait dans quelle ville d’Italie il ne fallait pas aller avec l’auto. C’était un vrai provencal, rusé comme le garenne et bandit comme un marchand de tableaux.
Bref, je repartais de chez lui avec un fourgon Mercedes presque sec direction le vieux port.

J’arrivais dans la soirée après un détour par St Tropez pour faire le beau avec le camion. Je montais les escaliers quatre à quatre. J’étais garé en triple file. Mais les olives de ma tantan avaient disparu. Coquin de sort, les corses avaient été plus rapides que moi. Pourquoi les corses ? La concierge m’avait dit qu’elle avait vu monter une vingtaine de petits bruns mal rasés une heure auparavant. Vingt gars ! Pour débarrasser un saladier d’olives ! C’était la mafia corse et ses méthodes de plein emploi des jeunes..

En l’apprenant, mon frère se prit la grosse quinte qui fait sortir le couteau. Depuis le temps que les insulaires mettaient leurs pieds dans son trafic, il rêvait de couler leur île en beauté. Et c’était la goutte qui fait déborder l’amphore illégale. Son idée était simple mais bonne : il y avait tellement d’explosifs sur ce caillou qu’il suffisait de foutre le feu au bon endroit pour lancer une réaction en chaîne. Il avait donc entrepris de saboter le groupe polyphonique Corsica Eterna en remplaçant leurs boucles de ceinturon par des mines anti-personnelles dorées à l’or fin. Une simple sarbacane suffisait alors à les transformer en castras monophoniques. Ce qui fût fait le soir même.
Le lendemain, l’ile de beauté ressemblait à un méchoui. Les quelques milliers de personnes qui avaient réussi à survivre au drame de Furiani n’avaient pas eu de chance cette fois là. La mairie de Paris pris le deuil et le seul groupe polyphonique en tournée sur le continent décida de changer de registre par peur des représailles. On avait pas récupéré les olives mais c’était pas grave parce que l’huile était à nouveau en rayon au Casino.

Mais l’été approchait et le soleil dardait ses rayons autant que la voisine dardait ce qu’elle avait à darder. Et ça me faisait darder. Mais je vous vendrai un autre bouquin pour vous raconter ça.

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