Un futur sans futurologues ?

Dans la série « je vous le conseille et je vous le traduis », jetez cinq minutes et votre dévolu sur l’excellent article de Robert Cottrell intitulé « The future of futurology ». L’auteur y massacre avec une rare justesse le charlatanisme qui a progressivement remplacé les efforts prospectifs des premiers « Think tanks » par du verbiage creux et des après-midi coloriage pour grands patrons. Mais il établit quelques pincipes pour continuer à imaginer l’avenir. L’article traduit « sans permission préalable » après le saut de paragraphe…


Pensez petit, pensez court-terme – et écoutez

Bon, vous êtes sur la Lune, en train de lire “Le Monde en 2008” sur du papier électronique jetable en attendant que le vidéophone sonne. Vous n’êtes pas pressé dans la mesure ou vous pouvez vivre éternellement – et que, en cas de pépin, une copie de votre cerveau est prête à être téléchargée dans votre clone.

Voila comment les futurologues voyaient notre 21e siècle il y a 40 ou 50 ans. Ce qu’ils n’avaient pas vu venir, c’est à quel point cette époque serait inconfortable pour eux. Ils peuvent (comme nous d’ailleurs) pressentir les tendances de l’année suivante mais la pertinence de leurs prédictions par delà cette limite les fait désormais passer pour des “pauvres rigolos”.

Depuis que l’occident a pris la voie de l’accélération des changements sociaux et techniques, les cadres de l’industrie et des gouvernements peuvent passer jusqu’à plusieurs semaines par an dans des séminaires à délirer sur le futur ou à construire des scénarios sur le devenir de leurs organisations respectives. Face à cette réalité, la spécificité du futurologue se limite alors au fait qu’il n’a pas à assumer un vrai travail EN PLUS.

Il est loin d’être insignifiant que la futurologie telle qu’elle se concevait il y a 30 ou 40 ans – celle du “Future Shock” de Alvin Toffler, le travail le plus élaboré dans ce domaine depuis Nostradamus – ait disparu peu ou prou. Le terme lui-même a disparu du monde académique, en même temps que s’évaporait le mirage de l’existence d’une science justifiant son existence. Aujourd’hui, les futurologues préfèrent se faire appeler des “penseurs du futur” et ne prétendent même plus prédire ce qui “va” se passer. Ils se bornent à raconter des “futurs possibles”. Ils sont plus nombreux qu’avant mais aucun n’est connu. D’ailleurs, vous n’en connaissez aucun à moins que vous soyez dans leur “petit monde” ou que votre activité professionnelle consiste à organiser des séminaires et des débats dînatoires.

L’incertitude à la côte.

Ce que nous percevons, en réalité, c’est que la fin de l’âge d’or de la futurologie n’a pas été provoquée par des mutations techniques ou sociales radicales, comme ses experts l’envisageaient, mais, mais, au contraire par leur grande absence. Les sauts technologiques majeurs – électricité, téléphone, moteur à combustion et aviation – étaient le produit du siècle précédent et leur développement s’est rapidement calmé. La situation géopolitique est, elle aussi, restée relativement stable, tout du moins durant la guerre froide. Les futurologues ont extrapolé les visions les évidentes, y ajoutant parfois les ingrédients impressionnats que sont l’informatique et l’arme nucléaire. De nos jours, on est prêt à croire que les facteurs de changement les plus tangibles sont issus à 99% de sciences et de concepts dont les fondements même sont absolument étrangers au commun des mortels : génie génétique, nanotech, changement climatique, choc des civilisations et puissance informatique sans limites. Privés de l’existence d’une “vision commune” concernant ces nouvelles perspectives, les futurologues n’ont plus de “bon sens” à contredire ou à appuyer.

Popcorn et les marchés prédictifs

Certains se risquent encore à de grandes prophéties à échelle planétaire, tel James Canton, l’auteur de “Extreme Future”. Mais le premier conseil à donner à l’apprenti “décodeur du futur” consiste à voir “petit”. En 1982, le meilleur des ouvrages dédié au futur de l’humanité était le “Megatrends”, de John Naisbitt. 25 ans plus tard, son petit frère s’appelle “Microtrends”, écrit par Mark Penn, un professionnel des relations publiques chargé de la stratégie de campagne de Hillary Clinton. “Microtrends” explore le potentiel de “micro-niches” comme les gauchers ou les enfants de végétariens. A quand “Nanotrends” ? (un titre hélas déjà déposé par un magazine consacré au nano-engineering). L’autre conseil, c’est de se focaliser sur le court-terme. Cette approche a été inaugurée par Faith Popcorn en 1991 avec son “Popcorn Report”, un document qui se préoccupe plus de tendances de consommation que de science expérimentale. Dans le même genre, les travaux de la société Trendwatching d’Amsterdam, compilent dans un Trend Report annuel une liste de tics sociaux et de marchés de niche comme les “marque écologiques” (si “vertes” qu’elle n’ont pas à s’en vanter) ou le “ next small thing” (ce qui fait que les consommateurs ne veulent plus le truc de monsieur-tout-le-monde).

Encore un bon conseil : dites que vous ne savez pas. L’incertitude est, plus que jamais, assimilée à une preuve d’intelligence. Même les politiques en usent : les gouvernements qui ont ratifié le protocole de Kyoto ont affirmé “on est surs de rien alors autant ne pas prendre de risques” ce qui les a placé d’emblée au dessus de pays comme les USA ou l’Australie qui prétendaient en savoir assez sur le changement climatique pour ne pas avoir à engager de nouvelles actions. L’époque des “je sais tout” touche également à sa fin dans la finance comme l’a prouvé la déconfiture récente des hedge funds, pourtant sensés surpasser les gains médians du marché. L’humilité à le vent en poupe.

Quatrième conseil pour le prospectiviste en devenir : incrustez vous dans un secteur spécifique bien porteur comme l’informatique, la sécurité ou le réchauffement climatique. Ces domaines en croissance accélérée sont littéralement fascinés par l’incertitude mais ne peuvent rien apprendre des généralistes. Le réchauffement climatique, en particulier, ne peut rien faire des visions trop générales de la futurologie grandiloquente. Si les meilleurs scientifiques de la discipline disent ne pouvoir que prédire les effets à long terme, comment un futurologue pourrait-il faire mieux ? “Je ne peux pas arrêter de vivre deux ou trois ans, le temps de devenir un expert en environnement” s’exclame Mr Naisbitt dans son dernier bouquin, “Mindset” (même si le succès obtenu par Al Gore tend à en prouver l’interêt).

Cinquième conseil : parlez moins et écoutez plus. Avec internet, n’importe qui d’un tant soit peu intelligent peut collecter une documentation qui nécessitait autrefois des voyages d’étude et des puissants relais. Rien d’étonnant à ce que le livre que Charles Mackay dédiait aux stratégies de groupe “Extraordinary Popular Delusions and the Madness of Crowds” ait été remplacé par “The Wisdom of Crowds” de James Surowiecki .

Les futurologue les plus crédibles de notre temps ne sont plus des individus mais les marchés prédicitfs, ces espaces ou les avis informés d’un groupe de personnes se transforemnt en une valeur de probabilité unique. Attrapera-t-on Osama en 2008 ? Pas plus de 15% de chances que cela se produise selon NewsFutures à la mi-octobre 2007. Est-ce que l’Iran aura l’arme nucléaire au 1er janvier 2008 ? 6,6% de chances d’après Inkling Markets. Est-ce que George Bush graciera Lewis “Scooter” Libby ? Plus de 40% de chance, selon Intrade. Peut-être existe-t-il un marché prédictif ou l’on parie sur l’immortalité. Et si c’est el cas, les vendeurs à court ou long terme auront du mal à se faire payer.

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