Romain Bedard : « mes mojos ne font pas de la télé »

Mr Romain Bedard est le Rédacteur en Chef du portail d’information généraliste Canoë édité par le groupe canadien Québécor. L’opportunité de le rencontrer dans ses bureaux de Montréal m’a suggéré l’idée de le questionner quant à l’évolution à court et moyen terme du portail web francophone le plus visité. L’expérience québécoise semble en effet porteuse de véritables enseignements pour les acteurs français de la presse et des médias souhaitant exploiter efficacement les mutations du lectorat en ligne.

Frédéric Autechaud : Pensez-vous qu’un portail comme Canoë dispose encore d’un potentiel d’accroissement concret de son trafic ? Dans quelle direction s’oriente votre recherche de lectorat ? Celle-ci s’appuie-t-elle sur un modèle prédictif ?

Romain Bedard (Canoë, Québecor) : Non, nous n’avons pas de modèle prédictif mais il est certain que notre objectif reste l’accroissement du trafic. Dans le passé, nous avons bénéficié au Québec de l’accroissement du nombre d’utilisateurs d’internet. Mais quand les 50 ans et plus deviennent aussi nombreux que les jeunes à utiliser internet, le lectorat plafonne. Il faut alors aller chercher les clients chez les concurrents et reproduire les « batailles » de la presse traditionnelle.

F.A. : Pourtant, quand on regarde les contenus du portail, on est plus dans l’univers de la convergence média que du papier. Je fais en particulier référence aux séquences vidéo produites par des journalistes dédiés, des « JRI » comme on dit en France, des Journalistes reporters d’images.

R.B. : Ici, on les appelle les « mojo » pour « mobile journalists ».

F.A. : C’est la possibilité technique qui vous a poussé vers ces nouveaux contenus ? Quelles étaient vos intentions éditoriales ?

R.B. : C’est clair. On voyait bien que la vidéo arrivait sur internet mais comment s’en emparer ? Il y a la façon traditionnelle qui consiste à engranger du contenu vidéo afin de devenir une banque de donnée de référence, dans tous les domaines. Nous avons une équipe dont le travail consiste à passer des accords avec des fournisseurs afin de faire grossir notre base d’images. Mais il y a aussi un caractère distinctif dans la présence de vidéo sur un site d’information. Pour cela, on a travaillé à une plus grande intégration des partenaires télé du groupe Québécor (TVA, LCN) et nous nous sommes dotés de nos propres journalistes mobiles.

F.A. : Justement, comment les définissez vous ? En France, on parle de recréer des correspondants locaux pour les sites de presse. Mais vous semblez plus appuyer sur leur personnalité que sur leur positionnement géographique. Comment voyez-vous ce potentiel de faire « remonter » l’info locale vers l’édition nationale ?

R.B. : C’est ce que nous faisons en entretenant deux styles de blogs. Nous avons ceux qui sont produits par les journalistes de presse, ceux par exemple du Journal de Montréal ou du Journal de Québec, qui traînent leur notoriété vers le web. De l’autre côté, nous avons des blogs « régionaux » qui sont moins connus mais qui ont malgré tout beaucoup de potentiel parce qu’ils rassemblent les 60 hebdos régionaux de Québecor. Il y a un an environ, on a demandé à toutes ces rédactions locales de se choisir un blogueur chargé de promouvoir leur info régionale sur le portail Canoé. Et ce n’est que la première étape.

F.A. : C’est donc en quelque sortie la survie des rédactions locales qui vous garantit une information pertinente sur le web. Pensez-vous qu’il en sera de même quand les gens vont se mettre à consommer l’internet avec des terminaux mobiles évolués comme l’iPhone. Vous envisagez d’avoir une présence aussi massive que celle du portail actuel sur ces nouveaux terminaux ?

R.B. : C’est assez difficile à prévoir. Pour moi, le fait de regarder la vidéo sur un ipod ou un téléphone s’apparente plus à un loisir qu’à de la consommation d’information. Pourtant, il faut être présent et en mesure d’offrir quelque chose. C’est la forme de ce que l’on va proposer qui sera déterminante. Je dis à mes journalistes mobiles : « vous ne faîtes pas de la télé. Vos reportages ne sont pas consommés comme des nouvelles au journal du soir ». A elle seule, cette balise change complètement la forme de journalisme que nous sommes en train d’inventer ici. Si la consommation de vidéo sur petits écrans mobiles prend de l’ampleur, la forme de l’information s’en accommodera je crois, assez naturellement.

Des propos recueillis le 15 octobre 2007.

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